mercredi 18 juin 2014

La coupe du monde



C’est parti la coupe du monde !
Alors que des millions de téléspectateurs suivent de près cet événement planétaire, réfléchissons à quelques liens entre le foot et la spiritualité.

Commençons par le positif. Les matches de foot, à ce niveau, ne s’improvisent pas. Chaque joueur a subi plusieurs niveaux de sélections avant d’arriver au Brésil pour représenter son pays. Tous les joueurs sont des exemples de sportifs de haut niveau, aguerris aux entraînements sévères. Vu sous cet angle, on peut comprendre l’engouement à regarder ces athlètes. Le parallèle spirituel serait la marche chrétienne comparée à un athlète qui doit apprendre à suivre les règles ou à combattre pour gagner en s’imposant des sacrifices (voir par exemple 1 Co 9.24-27 ou 2 Ti 2.1-5).
Ensuite le jeu d’équipe est une belle leçon spirituelle. Sans une vision plus globale du jeu, sans une connaissance approfondie de ses coéquipiers, voire de ses adversaires, sans un certain détachement de son petit jeu personnel pour favoriser l’équipe, on ne va pas très loin. Chaque équipe, surtout les meilleures, démontre une sorte d’harmonie, une entente, une cohésion pour aboutir, pour gagner… Le parallèle biblique serait toutes les exhortations à prendre conscience du corps que nous formons avec les autres croyants, et le combat spirituel dans lequel nous sommes engagés avec nos frères et sœurs…
Enfin, on découvre parfois des témoins surprenants de l’Évangile sur les stades. Canal Plus s’était récemment penché sur le phénomène avec un peu de dédain, mais le reportage montrait quelques footballeurs transformés par la puissance de l’Evangile, décidés à être des ambassadeurs du Christ. Voir le documentaire.
 
Dans les parallèles moins reluisants, on pourrait relever la ferveur quasi religieuse de nombreux supporters. L’engouement pour son équipe, son pays prend des proportions idolâtriques pour ces supporters. Certains joueurs sont perçus comme des dieux, objet d’un culte étonnant.
La puissance de l’argent derrière la coupe du monde donne le vertige. Malheureusement les dérives de corruption aussi. Le défi Michée rappelle :
« Le gouvernement brésilien aurait alloué 40 milliards de dollars de ses fonds publics pour construire des stades hors de prix, alors qu’aucun financement n’a été versé dans le même temps pour les services publics essentiels comme la santé, l’éducation et les transports. Beaucoup de personnes en situation de pauvreté extrême ont été expulsées des favelas (bidonvilles) de Rio de Janeiro avec de fausses promesses de relogement… Romario, ancien buteur pour le Brésil, a demandé au peuple brésilien de protester contre les ‘voleurs corrompus’ qui dirigent la FIFA et la Confédération brésilienne du football. La FIFA aurait imposé des exemptions fiscales pour les sponsors de la Coupe. Ceci représenterait 200 millions d’euros ‘perdus’ pour le gouvernement du Brésil, argent qui aurait pu servir à sortir de la pauvreté des milliers de Brésiliens ».

Difficile d’appréhender spirituellement le phénomène du foot ! Pour celui qui veut se laisser interpeller, il y trouvera certainement une occasion d’entendre, un appel de la sagesse de Dieu : « La sagesse crie dans les rues, elle élève sa voix dans les places, elle crie à l’entrée des lieux bruyants ; aux portes, dans la ville, elle fait entendre ses paroles : ‘Jusqu’à quand, stupides, aimerez-vous la stupidité? Jusqu’à quand les moqueurs se plairont-ils à la moquerie, et les insensés haïront-ils la connaissance ? Tournez-vous pour écouter mes réprimandes ! Voici, je répandrai sur vous mon Esprit, je vous ferai connaître mes paroles… »


Que ce mondial 2014 puisse être une occasion de tirer quelques leçons de vie spirituelle.

dimanche 11 mai 2014

La grâce et l'exercice


Il y a un paradoxe dans la vie chrétienne. On passe des ténèbres à la lumière de Dieu "sans aucune oeuvre de la loi", c'est-à-dire, sans payer quoi que ce soit, mais en acceptant le salut gratuit et immense de Dieu :   "C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ; ce n’est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie" (Eph 2.8-9). Cette logique est appuyée fortement dans un autre texte de Paul en Romains 4.4-5 : "Or, à celui qui accomplit des oeuvres, le salaire n’est pas compté comme une grâce, mais comme un dû. Par contre, à celui qui n’accomplit pas d’oeuvres mais croit en celui qui justifie l’impie, sa foi est comptée comme justice".

Et pourtant !
La conversion nécessite la repentance et la foi, c'est-à-dire un demi-tour radical qui nous permet de nous tourner réellement vers Dieu et placer notre confiance en lui. Tant Paul que Jésus insistent sur la nécessité de la repentance et de la foi. Paradoxalement, c'est un cadeau de Dieu, c'est lui qui, de manière mystérieuse nous attire à lui, nous éclaire dans notre intelligence pour que nous comprenions ces réalités, afin de saisir tant notre culpabilité devant lui que la puissance de son pardon.
Le salut est donc gratuit, mais il coûte tout ce que nous avons : "Alors Jésus dit à ses disciples: Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive, car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera" (Mat 16.24-25).

Il en de même pour la marche dans la vie chrétienne appelé aussi la "sanctification". Elle ne fait pas intervenir nos efforts charnels et la logique légaliste des mérites. Elle fait intervenir la repentance et surtout la foi. Prendre au sérieux sa vie spirituelle, c'est d'abord compter de tout son coeur sur Dieu, mais c'est aussi se donner les moyens pour avancer. Paul fait ressortir ce paradoxe à l'Eglise de Philippe : "Ainsi, mes bien-aimés, vous qui avez toujours été obéissants, soyez-le non seulement en ma présence, mais bien plus maintenant, en mon absence; avec crainte et tremblement mettez en oeuvre votre salut, car c’est Dieu qui fait en vous et le vouloir et le faire selon son dessein bienveillant" (2.12-13). D'un côté l'obéissance de la foi, de l'autre, la grâce totale par laquelle Dieu produit même le vouloir et le faire.

C'est dans cette même logique que Paul invite Timothée à un exercice intéressant : "Exerce-toi à la piété.
L’exercice corporel, en effet, est utile à peu de choses, tandis que la piété, elle, est utile à tout. Ne possède-t-elle pas la promesse de la vie, de la vie présente comme de la vie future ?" (1 Ti 4.8-9).

Au début de notre vie chrétienne, puis tout au long de nos jours, nous sommes appelés à vivre les deux facettes de paradoxe : la grâce totale et l'exercice de notre volonté pour nous donner les moyens d'aller de l'avant.

Pour aller plus loin dans l'exercice de la piété, voici un lien pour 4 études sur le sujet : "Une vie centrée sur Dieu" avec quelques déclinaisons dans l’écoute de Dieu (1), le renouvellement la lecture de la Bible et de la prière (2), la puissance de la grâce (3), et la vie de piété en Église (4). Lien pour les fichiers en mp3 (ces conférences ont été données à un week-end d'Eglise à Pâques en Alsace).

Reynald Kozycki

lundi 28 avril 2014

Ressuscités avec le Christ


"Nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec Christ c’est par grâce que vous êtes sauvés ; il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus-Christ" Eph 2.5-6

Beaucoup de nos contemporains voient la vie chrétienne comme une adhésion à quelques doctrines de base : l'existence de Dieu, la naissance, la mort et la résurrection de Jésus, l'autorité de la Bible... Parfois même dans les milieux évangéliques, la conversion à Jésus-Christ est comprise comme l'adhésion à quelques "lois spirituelles" suivie de quelques pratiques.

Dans la réalité, et en écoutant plus attentivement le message biblique, la vie chrétienne peut être comparée à une résurrection personnelle au plus profond de notre être. Nous étions comme morts spirituellement, c'est-à-dire, coupés de la véritable vie, celle qui est en Dieu. Cette mort est liée à notre pratique du mal, mais aussi à notre appartenance à une humanité maudite par son rejet de Dieu.

La venue de Jésus-Christ dans le monde s'est accomplie en vue d'une immense réconciliation avec Dieu, où, à travers sa mort, il vient prendre la malédiction et notre mort, puis à travers sa résurrection, nous entraîner dans cette puissance de vie. L'expression que Paul emploie pour "rendre à la vie avec lui", est en fait un seul mot avec un préfixe "syn" qui marque fortement le lien avec Jésus-Christ. La vie de résurrection du Christ devient désormais notre vie. Jésus a enseigné cette réalité avec l'image d'un sarment greffé à un cep de vigne. Une nouvelle sève coule dans l'âme du chrétien, à travers la vie de résurrection ou la vie de l'Esprit.

A cela s'ajoute le partage de la position céleste avec le Christ. "Il nous a fait asseoir dans les lieux célestes avec lui". Cette expression désigne probablement l'arrachement de l'univers de ténèbres, de péchés et de mort dans lequel nous baignons habituellement. La conséquence est qu'il est possible de vivre spirituellement dans un autre environnement, celui de sa présence.

Le grand défi est désormais de désirer marcher en nouveauté de vie, en affirmant ces acquis prodigieux dans la foi : "Si donc vous êtes ressuscités avec Christ, cherchez les choses d’en haut, où Christ est assis à la droite de Dieu. Affectionnez-vous aux choses d’en haut, et non à celles qui sont sur la terre" (Col 3.1-2).




samedi 19 avril 2014

Il est ressuscité


La résurrection m'intriguait lorsque j'étais athée. J'avais tendance à penser que c'était une sorte de légende construite pour manipuler des personnes naïves. Après un parcours tortueux dans différentes spiritualités, j'ai été amené à lire les textes bibliques. L'une des choses qui m'a fasciné était la dimension presque palpable de la présence de Jésus par cette lecture de l'Evangile. Ces invitations à venir à lui, à mettre sa foi en lui, à se nourrir de lui..., tout en promettant la Vie au sens fort du terme me touchaient profondément. Par exemple cette parole adressée à Marthe donne un peu le ton des défis qu'il lance tout au long de son enseignement : "Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?" (Jn 11.25).

Je ne pouvais pas, au stade de la réflexion où j'étais arrivé, me persuader que ces paroles provenaient d'un illuminé ou d'un mystique dérangé. J'ai finalement pris aux mots ces paroles et placé ma foi en lui, de manière très précise, un soir, seul dans ma chambre. Le résultat a été bouleversant. Jésus s'est dévoilé à moi comme le vivant au siècle des siècles, celui qui avait donné sa vie pour moi pour me faire découvrir la véritable vie en lui.

La plus grande preuve de la résurrection c'est probablement l'expérience personnelle de la foi, basée sur les paroles même du Christ. "En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie" (Jn 5.24).

Aujourd'hui la résurrection ne m'intrigue plus. Elle représente l'événement majeur de l'histoire par lequel Jésus est devenu le "premier-né d'entre les morts". Une nouvelle humanité est engendrée par sa résurrection en attendant la pleine résurrection finale : "Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier, car Dieu a voulu que toute plénitude habitât en lui ; il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix" (Col 1.19-20).

La bonne nouvelle de Pâque renvoie à cette réconciliation au prix du "sang de la croix" ainsi qu'à la victoire de Jésus sur la mort. Désormais Jésus est le premier-né, toute la plénitude de Dieu est en Lui, et en plus, elle accessible désormais pour le croyant.

Reynald Kozycki

vendredi 11 avril 2014

Le film Noé et la Bible



Disons d’emblée que les lecteurs de la Bible vont être déçus par cette reconstruction tirée plus de l’imagination du réalisateur que des « textes inspirés ». On comprend aisément le déluge de critiques que ce péplum biblique hollywoodien a suscité outre-Atlantique dans les milieux chrétiens, malgré son succès dans le box-office. Mais, heureusement, plusieurs points positifs peuvent être relevés.

Points discutables

La liste serait très longue, mais relevons-en simplement quelques-uns.
- Darren Aronofsky s’est accordé une grande liberté dans sa lecture des chapitres 6-9 de la Genèse. Il reprend plusieurs thèmes ésotériques de la Kabbale juive ou du gnosticisme comme la peau du serpent du jardin d’Eden, les Veilleurs, anges déchus ressemblant aux Ents du Seigneur des Anneaux ou l’idée qu’Adam et Eve étaient des êtres « lumineux »… Noé a effectivement reçu la révélation de l’extinction de la race humaine, mais pas de sa propre famille comme le film le montre. Dieu annonce à Noé la fin de l’humanité, et il ajoute : « Mais j’établis mon alliance avec toi ; tu entreras dans l’arche, toi et tes fils, ta femme et les femmes de tes fils avec toi ». Les fils de Noé sont d’emblée accompagnés de leurs femmes, ce qui suppose une descendance à venir.
- Le délire de Noé dans son désir de tuer ses deux petites-filles nouveau-nées tranche avec la piété et l’amour pour sa famille décrit dans le texte biblique. L’épître aux Hébreux commente : « C’est par la foi que Noé, divinement averti des choses qu’on ne voyait pas encore, et saisi d’une crainte respectueuse, construisit une arche pour sauver sa famille; c’est par elle qu’il condamna le monde, et devint héritier de la justice qui s’obtient par la foi » (11.7). Probablement que le réalisateur a voulu combiner le récit de la grande mise à l’épreuve de la foi d’Abraham lorsqu’il offrit son fils Isaac (Ge 22).
- Le côté très écolo de Noé et sa grande préoccupation des animaux est à la mode, mais s’éloigne du texte biblique.
- La frontière entre le bien et le mal ressort assez bien dans la première partie du film, mais s’évanouit progressivement dans la suite. Noé devient trop souvent un égocentrique malade, enfermé dans une foi fanatique.



Points positifs

- Les images sont impressionnantes, les acteurs sont au top niveau.
- Aronofsky, tout en ayant pris du recul par rapport à sa foi juive, a osé se lancer sur un thème directement biblique. Il est vrai que sa « quête du sacré » ou de la spiritualité est présente dans plusieurs de ses autres films.
- L’un des points forts du film est le climat eschatologique. La fin est décidée, rien ne pourra s’y opposer. C’est un thème assez fréquent dans le cinéma ces dernières années. Il y a des peurs profondes en l’être humain liées à la fin du monde. Toutes sortes de « prophètes » scientifiques ou religieux annoncent de grandes catastrophes. Le film reprend le thème de destruction annoncée à Noé. Ce climat renvoie à celui que le Nouveau Testament présente, et notamment Jésus, lorsqu’il revient sur le récit de Noé : « Comme l’éclair resplendit et brille d’une extrémité du ciel à l’autre, ainsi sera le Fils de l’homme en son jour… Ce qui arriva du temps de Noé arrivera de même aux jours du Fils de l’homme. Les hommes mangeaient, buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche; le déluge vint, et les fit tous périr » (Luc 17.24-28). Le tableau dépravé et sanguinaire de l’humanité en dehors de la famille de Noé est assez fidèle aux données bibliques : « Le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme se multipliait sur la terre : à longueur de journée, son cœur n’était porté qu’à concevoir le mal » (Ge 6.5). Une malédiction définitive est prononcée à l’époque de Noé. L’apôtre Pierre présente, dans un contexte de fin du monde, un tableau qui rappelle l’époque du patriarche ; il insiste sur la possibilité d’une repentance avant qu’il ne soit trop tard : « Le monde d’alors périt, submergé par l’eau, tandis que, par la même parole, les cieux et la terre d’à présent sont gardés et réservés pour le feu, pour le jour du jugement et de la ruine des hommes impies… Le Seigneur ne tarde pas dans l’accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance. Le jour du Seigneur viendra comme un voleur; en ce jour, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec les œuvres qu’elle renferme sera consumée » (2 Pi 3.6-10).
- L’autre thème qui traverse ce film, ainsi que le récit biblique, est la nouveauté qu’engendre le déluge en apportant une sorte de « nouvelle création ». Un petit nombre, huit seulement, y ont accès selon le commentaire de Pierre (3.20). Ils furent sauvés « à travers l’eau ». Une « nouvelle alliance » démarre, symbolisée par l’arc-en-ciel, signe de la fidélité de Dieu. La rédemption à l’époque de Noé est reprise dans le reste de la Bible pour en illustrer une autre. Le Nouveau Testament signifie aussi, Nouvelle Alliance. C’est un recommencement dans lequel Dieu s’engage en Jésus-Christ, et à cause sa mort expiatoire, à ne plus tenir compte de nos fautes. Il nous accorde un plein pardon, une pleine réconciliation avec lui avant de nous accueillir dans la Nouvelle Création.

Mot de la fin

En conclusion, ce film pseudo biblique, s’il prête le flanc à de nombreuses critiques, peut aussi inciter à revenir au « texte original ». Aujourd’hui encore, la « parole inspirée de Dieu » interpelle celui qui veut bien tendre l’oreille afin de le conduire dans une nouvelle alliance préparée par le Seigneur pour ceux qui sont appelés par lui et qui mettent leur foi en lui.

Reynald Kozycki