vendredi 10 avril 2015

Venue de Joyce Meyer en France


C’est bien la dernière des préoccupations pour le plus grand nombre des Français. Pour les habitués de quelques médias évangéliques comme TopChretien, Enseignemoi.com ou PhareFM, le 8 mai sera Le grand évènement de l’année. La plupart des responsables évangéliques des différentes unions d’Églises en France se sont déjà prononcés en validant le livre « L’évangile de la prospérité ». Il a été produit par la commission théologique du CNEF relu par l’ensemble des délégués des unions d’Églises (environ 70% des Évangéliques) et validé à l’unanimité en mai 2012. Il donne dès la première page une liste de personnes célèbres dans le courant douteux de « l’Évangile de la prospérité » dont Joyce Meyer. Rappelons, en passant, que d’autres écrits, comme le fameux Engagement du Cap (l’un des grands documents évangéliques international) est encore plus sévère sur les dégâts de cet « évangile de prospérité » (sans mentionner Meyer).

Les réseaux sociaux sont parfois un champ de bataille entre les pro-Meyer et les anti-Meyer. En tant que disciple du Christ, nous sommes appelés à être le plus honnête possible à la lumière de la révélation biblique, et à refuser les caricatures déformantes et calomniatrices. 

Exagérations à l’encontre de Joyce Meyer

Plusieurs dénoncent des erreurs graves perçues comme des hérésies chez elle. Après les avoir regardés de plus près, je préfèrerais parler de « mauvaises formulations » plutôt que d’hérésies. On pourrait prendre quasiment n’importe quel prédicateur, éplucher en détail ses messages, et trouver des approximations douteuses que certains appelleraient des hérésies… Voici quelques exemples chez Joyce Meyer repris en boucle sur ces réseaux :
  1.  Elle affirme quelquefois : « Je ne suis pas pécheur ». Par contre, elle ne prône pas le perfectionnisme, à ma connaissance. On pourrait la rejoindre dans le sens où, par exemple, Paul n’adresse pas sa lettre « aux pêcheurs qui sont à Éphèse », mais aux « saints ». Nous avons été sanctifiés une fois pour toutes par l’offrande du corps de Jésus (Hé 10.10), mais ce n’est pas pour cela que nous sommes sans péché. Et je reconnais que la formulation peut prêter à confusion.
  2. Certains lui reprochent de glisser vers le légalisme en insistant sur les conditions à la bénédiction. Si la justification ne s’obtient en aucun cas par les œuvres de la loi, l’obéissance de cœur est demandée pour ne pas dire, exigée, dans tout le NT (par exemple Rm 6.16-19 ; Mt 7.21). L’obéissance est d’ailleurs liée à la foi très souvent comme en Rm 1.5 ; Hé 11.8…
  3. Elle affirme que Christ est allé en enfer pendant trois jours après la Croix afin de payer pour nos péchés. Le symbole des apôtres le dit aussi, en partie. Dans le NT, on peut lire des versets qui s’approchent un peu de cela. En 2 Co 5.21, Jésus est devenu péché pour nous, il a été fait malédiction selon Ga 3.13, il est descendu dans les « parties inférieures de la terre » selon Eph 4.9… La proclamation du Christ aux esprits en prison (1 Pi 3 :19), ne parle pas de tourments endurés en enfer. Je pense que c’est une erreur que de se lancer dans des spéculations sur une « descente en enfer ». La Bible parle surtout de la victoire de la Croix.

Ce qui me gêne le plus

  1. Selon elle, Jésus serait mort spirituellement et pas seulement physiquement et qu’il aurait cessé d’être Fils de Dieu à ce moment-là, puis il serait né de nouveau. Ces déclarations sont assez courantes dans le mouvement d’évangile de prospérité « Word of Faith ». La formulation est très malheureuse, même s’il faut reconnaître que la relation Père-Fils-Esprit est complexe à comprendre et à expliquer, notamment au moment de la mort physique de Jésus. Si la Bible dit que Jésus est le « premier-né d’entre les morts » (Col 1.18), elle ne parle pas de « nouvelle-naissance » pour lui. Au niveau théologique, on sent une lacune grave sur la portée de la mort de Christ, lui le juste, mort pour des injustes. Dans ces courants « prospérité », il faut que Jésus meurt non seulement comme notre représentant légal face à la justice de Dieu, mais il doit mourir aussi pour ôter nos maladies, notre misère, notre pauvreté (par une lecture superficielle d’Esaïe 53). 
  2. Son côté triomphaliste et ses « recettes miracles » par des paroles de « proclamation ». Dans l’une de ses listes favorites, elle glisse vers une compréhension erronée de l’Évangile. Par exemple, la 3e affirme : « Je prospère partout où je mettrai ma main. J’ai la prospérité dans tous les domaines de ma vie, spirituellement, financièrement, mentalement et socialement ». Sur ce point, elle s’associe, une fois de plus, au courant « Word of Faith » dans lesquels Benny Hinn ou Joel Osteen sont les plus extrémistes. Dieu n’a jamais promis sur cette terre une pleine prospérité financière (la vie terrestre de Jésus nous le rappelle), ni de santé (Job, ou Trophime nous le rappellent aussi)…
  3. Même si elle est probablement généreuse, son train de vie de grande star me gêne beaucoup (voir par exemple la description de Wikipedia). Je ne verrais pas Paul aujourd’hui avec son jet privé ni les grands hôtels dans ses déplacements, ni vivre dans un palace, même si depuis 2008, elle a enfin accepté de faire contrôler ses revenus par un organisme reconnu d’accréditation évangélique (EECF).
Alors faut-il aller à cet « évènement » ? Même si je ne serais pas présent pour les raisons évoquées ci-dessus, je pense qu’avec un peu de discernement, il peut être intéressant d’écouter l’approche, malgré tout, stimulante de Joyce Meyer à ne pas se contenter d’une vie chrétienne médiocre, dominée par le découragement, l’incrédulité ou les forces du mal.

samedi 28 février 2015

Des idoles au vrai Dieu


Notre société semble mettre de côté la spiritualité, mais il est impossible à l'être humain de pas rendre "un culte". Lorsqu'on se détourne du vrai Dieu, on ne peut pas s'empêcher de le substituer par quelque chose. Cette réflexion se penche sur la question des idoles en vue de découvrir le vrai Dieu.  
Paul écrit dans la lettre aux Thessaloniciens : « On raconte, à notre sujet, quel accueil nous avons trouvé chez vous et comment vous vous êtes tournés vers Dieu, en vous détournant des idoles, pour servir, comme des esclaves, un Dieu vivant et vrai » 1 Th 1.9 (NBS)



(Re)tournement

Ce verset décrit en peu de mots la profonde conversion des Thessaloniciens. Ils se sont tournés (epistrepho) vers Dieu. Ce verbe rappelle l’exhortation de Paul aux habitants superstitieux de Lystre « afin qu’ils se tournent (epistrepho) de ces vanités vers le Dieu vivant » (Ac 14.15). C’est aussi le même mot utilisé par Jésus à Paul : « Je t’envoie… pour leur ouvrir les yeux, afin qu'ils se tournent des ténèbres vers la lumière et de l'autorité de Satan vers Dieu » (Ac 20.18).  Ce verbe exprime avec force la repentance qui arrache l’être humain d’au moins trois réalités qui s’entremêlent souvent : les idoles, les ténèbres et Satan.

La source de l’idolâtrie

Paul explique aux Romains que la colère de Dieu se dévoile du ciel contre l’impiété et l’injustice des hommes qui étouffent la vérité. Ils ont une forme de connaissance de Dieu en eux, notamment par le témoignage de sa création dans laquelle ils perçoivent sa puissance éternelle et sa divinité  (1.18-19). Ils deviennent inexcusables (1.20). Par leur refus de glorifier Dieu et de lui exprimer la reconnaissance, ils se sont égarés de leur véritable destinée.
Alors, trois processus se déroulent avant que la colère de Dieu ne se manifeste plus concrètement : 1) Ils sont d’abord frappés de vanité, « futilisés » dans leurs raisonnements[1] ;  2) Leur cœur, siège de la volonté, des sentiments et de la réflexion, « devient la proie des ténèbres » (1.21 TOB) ; 3) Se vantant d’être sages, ils deviennent « fous ». Godet écrit : « La ‘futilisation’ des pensées a même pris le caractère de la folie. Qu’est-ce, en effet, que le polythéisme, sinon une sorte d’hallucination permanente, de délire collectif ? »[2]. Si le commencement de la sagesse, c’est la crainte respectueuse de Dieu nous pressant à le glorifier, le commencement de la folie, c’est son rejet. Les peuples l’ont exprimé soit par des formes d’irrationalisme comme le polythéisme ou l’occultisme, soit par des formes de rationalisme qui nie tout autant le vrai Dieu : « L’insensé dit en son cœur : Il n’y a pas de Dieu » (Ps 14.1). Dans cet égarement ils travestissent la gloire du Dieu impérissable en images ou idoles représentant l’homme ou la femme, voire même toute sorte d’animaux (1.23). Ils ont travesti aussi la vérité de Dieu en mensonges, et adoré la créature au lieu du créateur (1.25).
Cet engrenage ténébreux est notre propre histoire. L’être humain est désespérément « religieux ». Il a été créé pour rendre gloire à Dieu, mais dans son refus du vrai Dieu, il comble ce vide par toutes sortes « d’idoles ».
Les Thessaloniciens, comme tous ceux qui sont passés par une authentique conversion, ont abandonné leurs idoles pour se tourner vers le Dieu vivant et vrai, après avoir entendu l’Évangile.

Le vrai Dieu

La Bible fait une opposition radicale entre les idoles et le vrai Dieu : « Voici, vous n’êtes rien (dit le Seigneur aux faux dieux par Esaïe), et votre œuvre est le néant ; c’est une abomination que de se complaire en vous » (41.24). Paul écrit : « Que dis-je donc ?... qu’une idole est quelque chose? Nullement.» (1  Co 10.19). En revanche, Dieu est le seul qui soit véritablement : « Je suis celui qui est » (Ex 3.14). La vie n’est qu’en lui, il est Le vivant, et en même temps le seul véritable, la vérité ultime, le vrai Dieu.

La lutte se poursuit

Si les Thessaloniciens ont marqué un demi-tour radical, c’est pour « servir comme des esclaves » (douleuo) le Dieu vivant. Ce verbe implique une vie pleinement au service de Dieu, pour lui appartenir sans réserve. Tout ce qui détourne de cette pleine appartenance est une forme de régression vers des dérives idolâtres. Jésus nous a donné l’exemple de sa détermination en tant que fils de l’homme à vivre pour son Père. Il répond à la troisième tentation du diable : « Retire-toi, Satan! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul » (Mt 4.10).

Idole et le « moi »

Le chrétien poursuit sa lutte chaque jour contre l’attrait du « néant ». Paul exhorte les Colossiens à faire mourir ce qui est terrestre en eux : « l'inconduite sexuelle, l'impureté, les passions, les mauvais désirs et l'avidité, qui est une idolâtrie » (3.5). L’avidité (pleonexia) est une insatisfaction profonde qui nous presse ou bien à nous agripper de façon malsaine à ce que nous avons, ou alors à convoiter ce que nous n’avons pas encore[3]. Les spécialistes de la publicité savent parfaitement utiliser ce ressort pour faire vendre. Paul qualifie cette attitude d’idolâtre, c’est une sorte de culte rendu à l’objet désiré, ou à soi-même. Jésus dit : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre… Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon » (Mt 6.24). « Mamonas » serait les possessions qui nous possèdent, les biens vus sous l’angle matérialiste, pêcheur et anti-Dieu[4]. Dans six passages, Jésus nous appelle à choisir entre aimer notre vie de manière égoïste ou l’avoir, lui, comme notre maître »[5]. Paul écrit à des chrétiens de nom, ennemis de la croix : « Ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, ils ne pensent qu’aux choses de la terre » (Ph 3.19).

Fuyez l’idolâtrie

Le néant des idoles nous affecte profondément si nous leur rendons un culte. En rappelant les dérives du peuple de Dieu dans le désert, Paul écrit : « Ne devenez point idolâtres, comme quelques-uns d’eux… Fuyez l’idolâtrie » (1 Co 10.7, 14). Puis il aborde, sans le dire explicitement, les repas cultuels avec sacrifices et débauche dans les temples païens : « Ce qu’on sacrifie, on le sacrifie à des démons, et non à Dieu, or, je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons » (1 Co 10.20).
Tout culte rendu à quelqu’un d’autre que Dieu nous immerge dans une obscurité spirituelle où les esprits impurs ont accès. En perdant notre communion avec Dieu, nous retournons dans la sphère du monde, de la chair, des démons, animés par cette sagesse terrestre charnelle et diabolique (Jc 3.15).

La vraie adoration

« Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi » affirme le premier commandement. Nous avons failli totalement, nous étions même ennemis de Dieu, mais dans sa miséricorde, il veut nous restaurer. La promesse du prophète s’est accomplie en Jésus-Christ : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau… je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois » (36.25-27).
Purifié grâce au sacrifice de Jésus, il nous est possible de nous détourner des idoles, et nous tourner vers le Seigneur, conscient que le combat se poursuit chaque jour, mais équipé par sa grâce pour servir le Dieu vivant et vrai, en l’attendant !

 Questions de groupe

  • 1.       Lire l’article, puis reprendre 1 Th 1.9. Quelles sont, à votre avis, les idoles que ces chrétiens ont abandonnées ?
  • 2.       Comment comprenez-vous la conversion dans Ac 20.18 ?
  • 3.       Lire Col 3.1-5. Que faut-il comprendre de ce texte avant de faire mourir certaines choses dans nos vies ?
  • 4.       Pourquoi l’avidité ou la cupidité était-elle appelée une idolâtrie en Col 3.5 ?
  • 5.       Quelles idoles seraient les plus redoutables pour nous aujourd’hui ? Comment mener le bon combat contre elle ?


Article paru dans la revue "Servir en l'attendant" (février 2015)




[1] Frédéric GODET, Épître aux Romains, 1883, Édition numérique Soleil d’Orient 2009, p. 217. Il ajoute : « N’ayant pas posé Dieu comme l’objet suprême de son activité, l’intelligence a été réduite à travailler dans le vide; elle s’est en quelque sorte futilisée ». Voir aussi Thomas SCHREINER, Romans, Baker Exegetical Commentary on the New Testament, 1998, sur Rm 1.21-25. 
[2] Ibid. p. 218
[3] Jésus insiste particulièrement sur ce danger : « Gardez-vous avec soin de toute avidité » Lc 12.15. Voir par exemple Ceslas SPICQ, Lexique théologique du NT, Cerf 1991, p. 1250 ; Delling, « pleonexia », TDNT.
[4] « À cause du pouvoir démoniaque immanent dans ces possessions, s’y livrer conduit à un esclavage », Hauck, « Mamonas », TDNT.
Mamon qui est une personnification de l’argent renvoie aussi à une préoccupation malsaine de soi-même et fait un lien avec l’avidité en Col 3.
[5] Mt 10:39 ; 16:25 ; Mc 8:35 ; Lu 9:23 ; 17:33 ; Jn 12:25.

mardi 13 janvier 2015

Quelques leçons sur l’actualité du 7-11 janvier

© ERIC FEFERBERG / AFP


Grand moment de solidarité

La marche du 11 janvier restera gravée dans les mémoires avec ses 1,6 million de participants à Paris et autant répartis dans plusieurs villes françaises. La présence de chefs d’état ou ministres d’environ 60 nations a amplifié la solennité de l’évènement. Une mobilisation sans précédent depuis la Libération, vécue dans une grande dignité et sous haute surveillance. L’unité s’est faite pour dire non au terrorisme, oui à la liberté de presse, oui à la solidarité. À l’exemple de Jésus qui a mis en valeur la compassion du bon samaritain (ni juif ni disciple du Christ), nous pouvons nous réjouir de toutes les formes de bien et d’humanité chez nos contemporains, et même nous y associer. Aimer son prochain comme soi-même, c’est aussi se sentir tout proche des douze victimes de Charlie Hebdo, tout proche des trois policiers courageux, tout proche des quatre juifs honteusement assassinés simplement parce qu’ils étaient juifs.

Pour combien de temps ?

Sans être un oiseau de mauvais augure, l’histoire nous montre que les bonnes résolutions de paix et de solidarité ne durent pas très longtemps. Le « vivre ensemble » est déjà compliqué dans une même « communauté » où tout le monde pense plus ou moins la même chose, alors on se doute que la grande diversité de cultures, d’opinions, de religions de notre société n’arrange pas les relations. En tant que chrétiens évangéliques, nous devrions donner l’exemple du vivre ensemble. Comme pasteur, j’encourage les chrétiens à ne pas « mettre leur lampe sous le boisseau », tout en étant respectueux envers notre prochain, quel qu’il soit.  J’apprécie l’un des documents essentiels de la foi évangélique (en dehors de la Bible) dans L’engagement du Cap du comité de Lausanne. Il invite à considérer notre prochain, croyant ou non comme « des êtres humains créés à l’image de Dieu, que Dieu aime et pour les péchés de qui le Christ est mort. Nous faisons notre possible non seulement pour les considérer comme nos prochains, mais aussi… pour être leurs prochains… Nous sommes appelés à faire part de la bonne nouvelle, mais pas à nous engager dans un prosélytisme mal venu… Nous souhaitons faire preuve de sensibilité vis-à-vis des croyances différentes de la nôtre et nous rejetons toute démarche conduisant à des conversions forcées ».

Le terrorisme

Une grande partie du monde a été sensibilisée au terrorisme au cœur des sociétés occidentales par ces derniers évènements vécus à Paris. Chaque jour des atrocités sont accomplies hors de nos frontières. Presque en simultané de nos 17 morts, le Nigéria a connu un massacre sans précédent d’environ 2000 personnes selon Amnesty International. Même si ce pays est loin de la France, nous prions pour cette nation horriblement éprouvée et nous nous associons à ce deuil. Sans entrer dans des amalgames, il est surprenant que la grande majorité des attentats de ces dernières décennies soient perpétrés par des Islamistes radicaux. L’histoire de la pensée a mis en avant, pendant ce dernier siècle, la puissance destructrice du marxisme et du nazisme. Ces deux idéologies dérivées du philosophe Hegel ont su reprendre son « brouillage éthique » et son « apologie de la guerre ». Le terrorisme lié à ces deux courants de pensée a, heureusement, presque disparu. Aujourd’hui, le Coran est utilisé par les Islamistes radicaux comme justification du djihad contre les « associateurs » qui pervertissent la « vraie foi » ou les « mécréants », notamment les sourates 8 et 9. Heureusement un nombre important de musulmans refusent une lecture littérale de certaines sourates. Il est intéressant de prendre le temps de lire ces textes de référence des terroristes. Pour approfondir ce sujet, je recommande l’étude de Karim Areski, pasteur du Réseau FEF et spécialiste de l’Islam ou celle de Christine Shirrmacher.

Liberté de conscience et liberté de presse

La tuerie de Charlie Hebdo pose à nouveau la question de la liberté de presse et la liberté d’opinion. Nous ne pouvons qu’approuver ce principe vital des démocraties, acquis si difficilement et, en même temps, si fragile. Sur la base de ce même principe, nous pouvons aussi revendiquer un droit de liberté à vivre notre foi et un droit à l’annoncer publiquement.
Néanmoins, le bon sens veut que notre liberté respecte celle des autres. On apprécie de vivre dans une société qui a levé l’interdiction du blasphème (bientôt peut-être aussi en Alsace Moselle). La violence des persécutions provoquée par ce genre de loi choque, à juste titre, nos contemporains, comme à l’époque de l’Inquisition ou de certains tribunaux islamiques actuels. Malgré tout, il est important qu’un pays puisse mettre des limites à la provocation. Le célèbre Tignous, assassiné le 7 janvier dernier, se vantait de la grande liberté accordée par la France. Il expliquait dans une interview d’Envoyé Spécial du 8 janvier que ses collègues dessinateurs d’Afrique, du Japon, des Amériques enviaient notre liberté d’expression. Chez eux, s’ils se permettaient des dessins comme ceux de Charlie hebdo, non seulement ils passeraient au tribunal, mais ils ne pourraient plus retrouver de travail par la suite. Les procès se sont succédé contre Charlie Hebdo comme le rappelle Le Monde entre 1992 et 2013, mais la conception très libérale de la liberté de presse à la française a toujours eu le dernier mot. Notre pays devrait montrer plus de fermeté dans certains cas de propos diffamatoires ou d’humour dangereux (on apprécie, en revanche, la réaction ferme du ministre de l’Intérieur ou du Premier ministre face aux propos de Dieudonné sur son mur Facebook se sentant « Charlie Coulibaly »).

Paix sel et lumière


Vivre ensemble est toujours complexe. Le chrétien est appelé à être un artisan de paix dans ce monde, parce qu’il a découvert que la paix intérieure vient de la pleine réconciliation avec Dieu au prix du sang de Christ, et que cette paix doit régner en lui. Il peut ainsi être « sel de la terre » pour freiner une certaine corruption et apporter une saveur du ciel par la paix, l’esprit de réconciliation, et le respect de ceux qui sont créés en image de Dieu. Le chrétien est aussi « lumière du monde » pour montrer celui qui seul est la véritable lumière, pouvant nous arracher à nos ténèbres.

jeudi 8 janvier 2015

Honte aux intégristes violents


Les mots manquent pour exprimer notre indignation face à ce barbarisme de quelques djihadistes dans les locaux de Charlie Hebdo ce mercredi noir.
Il est vrai que d’un côté, l’humour caustique de ce journal bien français a suscité plus d’une réaction. Peu de politiques en vue, peu de religions ou de religieux ont échappé aux croquis mordants de ces génies du dessin. J’ai même eu, j’oserai dire, l’honneur d’avoir figuré dans ce palmarès le 13 mai 2009  sous le crayon du regretté Philippe Honoré et sous la plume d’Antonio Fischetti, chroniqueur scientifique et ami d’enfance (l’un des rares à avoir échappé au massacre).
Leur numéro « Charia Hebdo » de novembre 2011 n’a pas été spécialement apprécié des musulmans. Dessiner le prophète sodomisé a été l’un des blasphèmes impardonnables pour bon nombre d’islamistes radicaux.
Malgré cela, la violence guerrière et fanatique des deux djihadistes est injustifiable surtout dans un pays de « droit » comme le nôtre. Nous nous associons de tout cœur à la peine des familles, des collègues et amis bouleversés par ce drame.

Et la Bible ?

C’est avec prudence que, dans ce contexte, nous mentionnons ce livre. Pourtant nous pensons qu’elle condamne fermement ces attitudes de violences barbares.
Comprise à la lumière du Nouveau Testament, la Bible est une puissante invitation à aimer son prochain. Jésus n’a absolument rien d’un chef de guerre. Il a dit : « Tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée » (Mt 26.52). Comme aucun homme au monde, il appelle « à bénir ceux qui nous persécutent, à aimer nos ennemis » (Mt 5.44). C’est probablement pour cette raison que les chrétiens dans le monde sont souvent les premières victimes des persécutions comme en Syrie, en Irak, au Nigeria... Le dernier rapport de l’ONG Portes Ouvertes sur les indices de persécutions dans le monde le confirme.
La Bible nous invite à la compassion dans l’épreuve. Jésus nous en donne l’exemple lorsqu’il rencontre Marthe et Marie endeuillées. Il pleura avec elles (Jn 11.35).
Elle nous invite aussi à l’indignation face au mal, face à la barbarie. Jésus décrit le roi Hérode comme un renard et les chefs religieux hypocrites comme des « sépulcres blanchis » (Lc 13.32 ; Mt 23).
Enfin elle nous invite à l’espérance dans ce monde meurtri par les guerres et la violence. Le prophète Esaïe annonce l’heure où les hommes « briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes ; on ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à faire la guerre » (Es 2.4). Cette grande victoire coûtera la vie du serviteur du Seigneur : « Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris » (53.5). Ces temps messianiques s’accomplissent en deux phases. D’abord par la venue du prince de paix qui acceptent, par son châtiment et sa mort sacrificielle, de payer la malédiction qu’encourent nos propres fautes : il nous accorde ainsi la véritable paix intérieure d’une réconciliation avec Dieu. Puis, lors de son retour glorieux, les prophéties prennent leur pleine mesure : « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu » (Ap 21.4).
Non aux intégrismes violents, oui au respect du prochain, oui à la véritable paix en Jésus-Christ !

Reynald Kozycki

lundi 5 janvier 2015

« Exodus : Gods and Kings » : quelques impressions



Nous assistons à un « retour en force de la Bible à Hollywood » selon un article d’Allociné. En février 2014, c’était le film Son of God, en avril, Noé, et fin décembre Exodus au budget « pharaonique » de 140 millions de dollars. Le réalisateur Ridley Scott connu notamment par Gladiateur ou Kingdom of Heaven s’est lancé sur le « terrain miné » des reconstructions bibliques selon son expression dans une interview à Première.
Disons d’emblée que, comme pour Noé, il ne faut pas chercher dans ces films l’exactitude biblique. On est loin des leçons de catéchisme.

Quelques points douteux
Les déformations par rapport au livre inspiré de l’Exode sont nombreuses dans le scénario rédigé par Bill Collage, Adam Cooper et Steven Zaillian. La revue Biblical Archeology en fait une assez longue liste. Signalons par exemple les dix fléaux envoyés comme un jugement divin, reproduits avec une grande liberté. Ils s’enchainent rapidement sans grande explication. Les alligators n’ont aucun rapport avec le texte biblique. Le film ne montre pas les entretiens systématiques de Moïse et Aaron avec Pharaon avant chaque fléau, ni les requêtes de Pharaon à Moïse pour prier afin que Dieu ôte la plaie…
Il ne faut pas être pointilleux non plus sur l’ordre chronologique des chapitres 1 à 14 de l’Exode. Plus gênant, le messager, ou l’ange du Seigneur, est un petit enfant étrange, humanisant fortement la divinité (c’est la raison invoquée par le gouvernement marocain pour interdire Exodus dans son pays !). Le critique d’ecranlarge.com en déduit que Ridley Scott présente Dieu comme « un gosse enragé, bouffi d'orgueil et enivré de pouvoir ».Moïse  est présenté plutôt comme agnostique jusqu’à ce qu’un trouble psychique l’amène à croire en Dieu par le moyen de l’enfant messager. « L’humanisation » se répercute sur les miracles dans une vision rationaliste : par exemple la traversée de la Mer Rouge (ou Mer des Joncs) par un « assèchement naturel » et la venue d’un tsunami pour recouvrir l’armée égyptienne. Les lecteurs bibliques habitués aux méthodes « historico-critiques » devraient apprécier ces remises en question de la Bible.

Points positifs
Même si l’impact de ce film n’atteindra probablement pas celui des Dix commandementsde Cecil B. DeMille en 1955, les effets spéciaux d’Exodus et la qualité des images sont parfaitement au niveau de la technologie actuelle. Les reconstitutions de la société égyptienne antique et la qualité des plans des paysages ou des villes anciennes sont peut-être plus fidèles à l’histoire que la tentative de reconstruction biblique (bien que le gouvernement égyptien le trouve trop « sioniste » et l’a aussi fait interdire). Certaines scènes comme le « tsunami » de la traversée de la Mer Rouge sont à couper le souffle, selon les propos du blog du cinéma.
Même si « l’humanisation du divin » ressort trop, en harmonie avec l’ère du temps, il reste dans ce film une touche de la grandeur et de la gloire divines dévoilées dans le récit biblique. On perçoit, malgré tout, que Dieu est à l’origine des dix impressionnants fléaux envoyés contre l’Égypte, ou de la délivrance de « son peuple » à travers la Mer Rouge….

Les évènements racontés par le film reprennent l’un des récits fondateurs de la foi juive et de la foi chrétienne. Ce sera probablement l’occasion, pour plusieurs, de (re)découvrir la version originale de cette histoire, en relisant la Bible elle-même, l’un des piliers principaux de la culture occidentale judéo-chrétienne. Ce texte montre de quelle façon le Dieu unique « rachète » un peuple en le délivrant de la puissance des asservissements de l’Égypte afin qu’il le serve et lui rende un culte. Au cœur des fêtes juives, la Pâque réactualise chaque année cette délivrance. Le film montre assez bien le rôle du premier agneau pascal et le sang répandu sur les linteaux des portes. Ainsi, ceux qui ont pris soin d’écouter les instructions données par Moïse échappent à l’ange destructeur. Ce récit fondateur du judaïsme, l’est presque tout autant du christianisme. La délivrance passe désormais par le nouveau Moïse, Jésus, devenant lui-même l’agneau pascal. Il arrache de l’asservissement des puissances ténébreuses de ce monde, des passions et désordres profonds de l’âme.

En conclusion, la liberté prise par Ridley Scott heurtera plus d’un lecteur assidu de la Bible, mais en comparaison avec les films plus courants, ce sera un moment de cinéma qui portera à réfléchir sur la réalité de Dieu et de la délivrance qu’il accorde à ceux qui placent leur confiance en lui et en ses promesses.
RK